Sensation d’une saison qui permet au Stade Rennais F.C. de retrouver l’Europe, Estéban Lepaul s’est immédiatement imposé en Rouge et Noir. Après un shooting avec Bob, son teckel, une poignée de séances avec le groupe et 20 minutes de jeu, il retrouvait la sensation de faire trembler les filets à Raymond-Kopa, dans le camp adverse cette fois. Et l’illustre offensif de l’Équipe de France, lequel a offert son nom au stade du SCO, n’aurait probablement pas renié la technique de frappe du natif d’Auxerre. Qu’il a polie au fil des années.
J’ai toujours adoré tirer. Quand j’étais enfant, mon passe-temps était de frapper du coup du pied sur un mur. Tout le temps. La finition pure, les gestes, ça se travaille. Le fait d’être attiré par le but, c’est inné. Marquer, c’est la meilleure sensation. Le bruit d’une balle qui fracasse les filets, je ne vis que pour ça. Des beaux filets blancs, bien tirés au maximum. Le premier truc que je regarde dans un stade, ce sont les filets, si les mailles sont grandes ou petites...
Comme un symbole, son histoire avec Rennes débute donc par un but de renard. Estéban récidive à la Beaujoire puis au Havre, dans une association prometteuse avec Breel Embolo. Strasbourg, à la 11e journée, est le moment fort de sa saison avec un triplé qui permet au SRFC de retrouver le goût de la victoire (4-1) face à un prétendant au haut du tableau. Trois buts pour battre Penders dont une frappe splendide qui parachève son récital sur une transmission de son capitaine. Chaque célébration traduit l’appétit du buteur.
Plein de gens m’ont dit, mais pourquoi tu cries comme ça quand tu marques ? Les gars, vous ne pouvez pas comprendre. Chaque but, c’est un pas de plus qui me permet d’avancer dans ma carrière, ils sont tous importants : championnat, coupe, amical. C’est trop précieux de marquer des buts, cela me met dans un état de transe. Comme Haaland, il n’y a que le but qui m’anime.
Après sa prestation XXL face aux Alsaciens, l’attaquant connaît un premier creux inhérent à ceux qui ont connu la réussite et le pic de la montagne russe. Sans douter.
C’est un faux creux. Quand je vois Guirassy qui était à 50 buts la saison dernière, et qu’il ne marque pas pendant un certain temps, comme ça arrive à tous les buteurs, autant dire que je n’étais pas trop inquiet. Ce sont les gens qui en font beaucoup. Le problème, c’est si tu ne te crées pas d’occasions. C’est quand c’est le néant que c’est chaud. À Angers ça m’est arrivé, je n’ai pas marqué pendant dix matchs. J’ai fini les cinq derniers matchs, j’ai mis deux doublés. Et une fois, je n’ai pas tiré pendant trois rencontres de suite ! Je te laisse imaginer comme les matchs étaient longs. Je défendais bloc bas et c’est tout.
Les périodes de disette ne font pas vaciller un joueur qui n’a pas oublié son parcours tortueux avant de rallier le SRFC. Du centre de formation lyonnais aux rudes oppositions de National, Estéban Lepaul s'est construit la réputation d'un joueur travailleur, capable d'harceler la défense et de faire la différence dans un ascenseur pour placer son pied et faire mouche.
Je me suis entraîné avec les professionnels à Lyon et quand je suis passé à Épinal, en N2, j’ai pris une sacrée tarte. Parfois, on ne s’entraînait pas à cause de la neige. Mais j’ai apprécié mon passage là-bas. Comme celui à Angers. Six mois après mon arrivée, on montait en Ligue 1, et puis il y a eu le maintien. Je ne pourrais pas choisir entre ces deux souvenirs exceptionnels. Mais ça n’a pas toujours été simple. Au SCO, je me souviens que le coach avait parlé d’un prêt. Je lui avais dit que s’il imaginait que j’allai abandonner, c’était mal me connaître. J’aurais pu aller à Split en Croatie mais le Président ne voulait pas. Et puis j’ai marqué contre Bobigny en Coupe de France, contre Brest en Ligue 1…
Cette saison, le buteur ne goûte qu’une fois à la déception du banc. À l’orée du mois de janvier, au LOSC. Le SRFC l’emporte (0-2), Estéban entre en jeu et continue ses efforts sans jamais rechigner. Buteur à Lens sur un service d’Arnaud Nordin, il lance sa phase retour avec son dixième but de la saison. Premier palier.
Je ne suis pas l’archétype du joueur de Ligue 1, je ne coche pas toutes les cases. Mais pourquoi j’irais au duel avec les défenseurs ? Pour me faire retourner ? Il faut jouer avec ses qualités, être malin, bien se déplacer, faire de bons appels. Surtout, les gens ne s'imaginent pas la vitesse de ce championnat. Quand Seba’ (Szymański), est arrivé, il s'est rendu compte de ce que c'était aux entraînements, l'impact mis chaque jour. L’intensité de la Ligue 1 est incroyable.
Surveillé avec attention, Estéban est associé successivement avec Kader Meïté et Breel Embolo. Capable aussi d’évoluer seul dans l’axe, il découvre un nouveau statut. Surveillé comme le lait sur le feu, pressé, ciblé.
Tu vas au cinéma, voir une comédie musicale, un concert… c’était moyen, tu as le droit de te plaindre mais est-ce que tu vas convoquer l’artiste ? Dans le football, on est jugé en direct. La pression est énorme. Le poste d’attaquant peut être ingrat : courir et ne pas avoir un ballon, et ça devient plus dur quand tu commences à être surveillé. Plus j’avance, plus c’est dur et tu ne peux pas te permettre d’avoir des sautes de concentration car tu dois pouvoir être décisif à n’importe quel moment. Mais j’échangerais mon poste pour rien au monde.
Son nouveau statut a forcément impacté sa vie en dehors des terrains qu’il occupe par une passion dévorante du football et du sport en général, notamment avec la pratique du golf. Pour ses premiers pas à la Piverdière, en août, l’attaquant avait aussi fait sourire les salariés et les supporters en débarquant accompagné par son chien Bob. Mannequin d’un jour, le teckel avait activement participé au shooting d’annonce. Et la présence de l’animal dans la vie du buteur s'impose comme un joli sas de décompression.
Bob, il n’y a pas un jour où il ne me fait pas rire. C’est un crack, il est trop marrant, peu importe ce qu’il fait. En fait, son corps est fait pour être marrant. J’aime plutôt les gros chiens à la base. Jamais je n’aurais pensé avoir un teckel et au final, je me régale, je le promène tous les jours.
Accompagné par son fidèle compagnon en dehors du terrain, le Rouge et Noir partage aussi son ascension avec un entourage qui lui apporte sérénité et confiance.
J’ai un cercle très proche, il n’y a pas de gens bizarres. Mon agent par exemple ne m’a jamais lâché, il a cru en moi dès le début et il est toujours là. La loyauté, c’est central. J’ai une relation folle avec ma belle-famille. Mon beau-père est très important pour moi. Ça a été difficile au début, surtout que je me suis mis en couple trois mois après avoir perdu mon père, je n’avais plus de figure paternelle et il a fallu quelque temps pour que la relation s’aligne. Ma confiance en moi peut aussi être interprétée comme de l’arrogance. Au fil des années on est devenu très proche et pour moi c’est comme mon père.
Auteur d’une phase retour de très haut niveau avec 12 buts inscrits dont 7 lors des 7 derniers matchs (21 au total), Estéban s’affirme comme une gâchette précise dont la passion est connue de tous. Battre le portier adverse et filer au poteau de corner. En concurrence avec Joaquín Panichelli et Mason Greenwood pendant une partie de la saison, il se détache ensuite au classement des buteurs. Le badge Top Scorer lui va comme un gant et le Breton marche dans les pas des attaquants qui ont régalé le Roazhon Park. D’Alexander Frei à Martin Terrier.
Buteur à Marseille, de la tête, l’attaquant vit un ultime temps fort dans les travées du stade. Benjamin Nivet, consultant de L1+, ancien coéquipier de Fabrice Lepaul à Auxerre, et qui avait notamment soufflé Estéban parmi les promesses de la saison, lui remet le trophée du meilleur buteur. Et quand Souleymane Diawara le tance avec une question sur la liste de Didier Deschamps, Estéban rétorque qu’il a regardé le JT… comme tous les soirs. Fraîcheur et précision, sa recette finalement.