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Tugdual Philippe : « Une belle école de la vie »

04 juin 2022 11:15

Arbitre depuis 30 ans, Tugdual Philippe va stopper sa carrière professionnelle après 15 ans à officier en Ligue 1 et Ligue 2. Responsable des arbitres du SRFC, le Rennais de 48 ans se confie sur ce métier-vocation décrié mais essentiel au bon déroulement du football qu’il soit amateur ou professionnel.

Tugdual, ça représente combien de matchs arbitrés ?
Je n’ai pas compté mais je ne dois pas être loin des 500 matchs professionnels. J’ai encore la condition physique. Il n’y a pas de limite d’âge mais on privilégie maintenant la jeune génération. Ça a été une super aventure. J’ai vécu des moments extraordinaires. J’ai fait tous les stades de France. J’ai côtoyé tout le monde du football professionnel. Sans l’arbitrage, je n’aurais pas pu connaître tout ça. C’est une grande fierté.

Comment vit-on cette passion quand la profession est souvent critiquée ?  
Nous sommes acteurs d’un match mais souvent fautifs oui. Il y aura toujours une équipe qui vous en voudra. Nous sommes là pour prendre des décisions et appliquer le règlement. Comme avec un juge dans un tribunal lors du verdict, il y a les contents et les mécontents. On se forge un caractère, une carapace. Le VAR a permis de corriger beaucoup de choses mais il faut pouvoir encaisser les réactions des Présidents, la presse... Autant, nous sommes formés et préparés à cela, autant nos entourages ne le sont pas.

Mais c’est stimulant…
On aime ça. Comme tous sportifs, on a envie d’être là-haut. Nous sommes des gagneurs et nous voulons être ou rester au plus haut niveau.
 

« Une multitude de bons souvenirs »


Quel restera le moment le plus marquant ?
Sur un terrain de National il y a un bon nombre d’années où je suis sorti sous escorte policière parce que j’avais refusé un but et ça a empêché le club de monter. J’avais la pression de tout le monde. Je me suis même dit sur l’instant que j’allais arrêter. Côté plus positif, je me souviens d’un Marseille / Paris ou encore d’un Trophée des Champions. C’est une multitude de bons souvenirs et de flashs de match que je retiens.

L’arbitrage est une grande famille…
Oui c’est sympa. J’ai toujours été avec le même central en Ligue 1, Lionel Jaffredo. On n’est pas toujours d’accord sur le terrain, ça arrive et c’est normal. Sur le plan humain, nous vivons plein de choses. Nous passons énormément de temps ensemble parce qu’on arrive la veille du match et on repart le lendemain. Il faut être soudé. Si on ne s’entend pas, ça ne passe pas bien sur le terrain. Il faut vraiment une cohésion d’équipe pour être bons pendant les matchs.

Comment trouve-t-on l’équilibre quand on est pris tous les week-ends ?
J’ai toujours fonctionné en triptyque. J’ai d’abord ma famille, ma femme et mes enfants, qui est hyper importante. Les calendriers étaient chargés. Sans eux, je n’aurais jamais réussi. Ma femme m’a toujours soutenu. Elle m’a permis d’élever les enfants quand je partais arbitrer. Je lui dois une grande partie de ma réussite dans ce milieu. Ensuite, j’ai gardé un travail à côté pour décompresser, en tant que gestionnaire immobilier. Quand les matchs se passent mal, on rumine toute la semaine une décision prise sur le terrain, alors qu’un travail à côté permet de passer à autre chose. Là encore, j’ai eu un patron qui m’a permis de pouvoir exercer tranquillement. Je vais maintenant retrouver le plaisir des week-ends, revoir du monde et refaire des soirées.
 

« On entre dans une bulle et on se concentre »


Cela doit demander un gros travail de concentration.

Ma femme me disait toujours que je n’avais pas le même visage quand je rentrais sur le terrain. On entre dans une bulle et on se concentre. On se bat pour faire le moins d’erreurs possibles.

Quelle préparation a demandé le métier ?

J’ai toujours aimé courir, ça n’a donc jamais été une contrainte. C’est six ou sept entraînements par semaine où l’on fait de la PMA (Puissance Maximale Aérobie), VMA (Vitesse Maximale Aérobie), de la vitesse... Nous devions rendre toutes les données de la semaine à un préparateur physique de la Direction Technique de l’Arbitrage.

Que dirais-tu aux jeunes qui envisageraient une carrière d’arbitre ?
Qu’on en a besoin. Les arbitres ont été inventés après le football car les joueurs n’arrivaient pas à s’entendre. Faites un match entre copains, au bout de cinq minutes, il y aura des histoires. Et pourtant, vous êtes copains. Des arbitres, il en faudra tout le temps. Ce n’est pas simple effectivement aujourd’hui mais c’est une belle école de la vie. On apprend à gérer des hommes sur le terrain et des entourages. C’est du management qui peut servir dans la vie professionnelle. L’arbitrage, c’est prendre des décisions. Il y a un parallèle que l’on peut faire entre l’arbitre et la personnalité que l’on va pouvoir développer dans la société ou dans une entreprise. Les plus jeunes ont plus envie de ressembler à Mbappé qu’à un arbitre de Ligue 1 (rires). On n’est pas là pour faire rêver. Il y a une sorte de vocation. Il faut aimer prendre des responsabilités.

Tu es aussi Responsable des arbitres au Stade Rennais F.C. En quoi cela consiste ?
Tous les clubs doivent fournir un nombre d’arbitres, cela dépend de son niveau. Ici, on doit en avoir douze, en former un tous les ans et avoir des féminines. Il y a sans cesse un renouvellement d’arbitres car il y a ceux qui arrêtent à cause des études et ceux qui n’y arrivent pas. Il faut tous les ans chercher, recruter, former et accompagner. Sinon, je vais toujours faire partie du bureau de l’association Stade Rennais F.C.



Vous souhaitez devenir arbitre au Stade Rennais F.C., envoyez votre candidature par mail à : romain.tricard@staderennais.fr