« J’ai le souvenir d’un joueur que j’affichais dans ma chambre dans la même catégorie que Franz Beckenbauer. Par la suite nous avons pu voir d’autres talents de notre sport comme Michel Platini, Diego Maradona ou Zinedine Zidane mais Johan Cruyff représentait un football complètement différent. Cet Ajax des années 70 avait 20 ans d’avance sur son temps. Avec des remontées de hors-jeu, des joueurs qui étaient aussi forts individuellement que collectivement, très complémentaires entre eux avec une star au milieu de tout ça. C’était l‘époque des cheveux longs, des Beatles, des Rolling Stones… Ce genre de personne que l’on ne peut imaginer voir mourir un jour.
J’ai eu un le plaisir de le croiser à plusieurs reprises. La première fois, quand il a joué avec l’Ajax contre l’Olympique de Marseille au Vélodrome. Je jouais en lever de rideau, j’avais 17 ans et j’avais marqué trois buts dans un match où nous avions gagné 6-1. Je m’en souviens bien car ça ne m’est pas arrivé souvent de marquer trois buts et encore moins de jouer en lever de rideau d’un OM/Ajax. Je me rappelle voir Johan Cruyff à l’échauffement et dans les couloirs du stade avec les yeux d’un enfant qui voit le Père Noël, plein d’admiration. En plus de cela, il avait fait un match extraordinaire avec une accélération incroyable sur le second but (victoire de l’Ajax 2-1).
La seconde fois, il était entraîneur. C'était dans un hôtel avant un match de son équipe du Barça face à l’AS Monaco. J’y étais allé à tout hasard, sur la pointe des pieds, timidement. Ce n’est pas que je sois timide, mais j’avais surtout peur qu’il ne me reçoive pas. J’étais à l’époque entraîneur des Girondins et « Rolland Courbis, entraîneur de Bordeaux », il y avait une possibilité qu’il se dise « mais qui c’est celui là ?» Et puis, à la surprise générale, un quart d’heure plus tard, nous nous retrouvons autour d’un café à discuter pendant 15 à 20 minutes alors qu’il était à la veille d’un match important. Je me souviens le regarder bizarrement car Johan Cruyff, pour moi, c’était quand même un autre monde.
Physiquement, cet homme n’est plus là, mais footballistiquement, il ne disparaîtra jamais. »