Le mercato hivernal 2014 lance l’aventure de Paul-Georges Ntep au Stade Rennais F.C., auréolé du statut de promesse du football français. Ailier gauche virevoltant, l’attaquant, passé ensuite par Wolfsburg, Saint-Étienne, Boavista ou encore Hô Chi Minh-Ville, a laissé de beaux souvenirs en Rouge et Noir. Frappe dans un angle fermé et célébration mythique à la Beaujoire, coup franc lointain au Parc des Princes pour offrir la victoire, but culte à Reims, tant de faits d’armes à mettre à l’actif de P-G. Désormais lancé à toute allure dans sa « seconde vie ».
Auxerre, le tremplin
« J’étais au lycée et je jouais en U16 Nationaux à Brétigny, on avait fait une très belle saison en terminant deuxième derrière le PSG dans une poule avec beaucoup d’équipes de Ligue 1. À l’époque, dix joueurs de l’équipe avaient rejoint des clubs professionnels ! Brétigny était partenaire d’Auxerre et avec Donovan Léon, qui est toujours le gardien de l’AJA, on avait été invité à faire trois jours d’immersion. Ce séjour s’était bien passé et j’ai signé un contrat d’un an, en 2009, en tant qu’aspirant. Normalement les jeunes arrivent tôt donc mon cas était particulier et j’avais une saison pour prouver. Les débuts se sont très bien passés, j’ai rapidement intégré la CFA, les entraînements avec le groupe professionnel et à l’été 2010 j’ai signé un contrat de cinq ans. »

Sa route vers le professionnalisme
« Les études étaient très importantes pour mes parents. J’avais fait des essais, des clubs étaient venus au renseignement avant Auxerre mais rien ne s’est concrétisé. Cette année-là d’ailleurs, je m’étais dit que c’était ma dernière chance de rejoindre un club professionnel sinon je me serais concentré sur la suite avant la volonté d’intégrer une école reconnue. Quand on gagnait avec Brétigny, on ne réalisait pas vraiment, on bat le PSG, Clairefontaine aller/retour, l’équipe manque les play-offs d’un rien et quand un nombre important de joueurs signent en pro, on réalise vraiment. »
Premiers pas avec l’AJA
« Je débute en professionnel en entrant en Coupe de France, je portais le numéro 33, contre Bastia. Je fais des bancs en Ligue des Champions, notamment l’aller et le retour face à l’Ajax Amsterdam et j’ai pris un peu la grosse tête. J’ai dû redescendre en CFA 2 parce qu’à l’époque Auxerre avait deux équipes réserves. J’étais loin d'être exemplaire et je l’ai payé en rongeant mon frein puis je suis remonté peu à peu.
Quand le club est descendu en Ligue 2, j’ai intégré l’effectif en faisant toute la préparation estivale en 2012. Face à Sedan, un joueur se blesse et ça a commencé ainsi. Je jouais d’abord côté droit et j’ai enchaîné. Je voulais m’imposer, j’avais faim surtout que j’étais souvent appelé en Équipe de France donc je m’étais donné l’objectif de prouver en Ligue 2 (NDLR : Pour ses débuts en Ligue 2, Paul-Georges inscrits 8 buts et délivre 4 passes décisives en 34 matchs). »
Dès que j’ai su que Rennes était intéressé, c’est devenu ma priorité. C’était déjà un beau club, reconnu pour sa stabilité et sa capacité à faire éclore les jeunes joueurs.
Signature au Stade Rennais F.C.
« J’ai reçu des offres de pays du Golfe notamment mais je voulais percer en Ligue 1, me faire un nom en France. Quand Rennes appelle, j’étais aussi en discussion avec Queens Park Rangers qui visait la montée en Premier League. Le Stade Rennais est arrivé en décembre 2013 et en janvier, je me suis engagé. Dès que j’ai su que Rennes était intéressé, c’est devenu ma priorité. C’était déjà un beau club, reconnu pour sa stabilité et sa capacité à faire éclore les jeunes joueurs. Je pense notamment à Yann M’Vila ou Yacine Brahimi.
Monsieur Pinault avait notamment dit qu’il voyait du Laurent Pokou dans mon style (sourire). J’ai senti que le club me voulait vraiment et avait notamment besoin d’un joueur de mon profil pour me permettre de progresser dans la continuité. J’ai revu Pierrick Hiard récemment et il m’a d'ailleurs rappelé qu'il était venu me chercher à la gare. »

Rennes, un lien spécial
« Ce club a une place importante dans ma vie et Rennes aussi en fait, une ville à taille humaine que j’ai beaucoup appréciée. Je m’y suis développé, de 21 à 24 ans, en tant que jeune adulte. J’y ai pris confiance et avec du recul, je me dis que j’aurais aimé y passer plus de temps. Mais il faut vivre la vie pour la comprendre. Quand je suis arrivé, je me rappelais des supporters qui me mentionnaient sur Twitter, « Bienvenue, on t’attend pour le match contre Nantes, si tu es performant, on sera derrière toi » (rires).
J’ai toujours aimé cette notion de derby, à Auxerre déjà, contre Dijon, Troyes… C’est un match spécial, l’attente est décuplée, différente et j’arrivais toujours à transformer cette pression en moteur. Contre Nantes, quand je reçois ce ballon et que je le mets au fond c’est comme la validation de tout ça. C’est mon premier but en Ligue 1 et on gagne 3-0. »
C’est un rôle spécial, comme j’ai joué et qu’il m’est arrivé d’être sous le feu des critiques par moments sans que les gens comprennent forcément ce que tu traverses, j’essaie d’avoir de la nuance.
Son parcours
« Je n’ai pas de regrets. J’ai tiré le maximum de ce que je pouvais tirer, non pas de ma capacité footballistique mais physiquement. Je n’ai jamais retrouvé mes facultés après ma blessure en 2016, après m’être fracturé les deux tibias. Ce n’est pas du tout un regret, je le vois de manière positive, je suis reconnaissant d’avoir fait ma carrière. J’ai rencontré des gens, j’ai voyagé, j’ai pu mettre ma famille à l’abri, vivre des émotions d’une intensité immense.
J’ai réussi à maximiser les capacités que le petit Paul Georges avait. C’est digéré, je n’ai plus de pincement au cœur quand je regarde du football et désormais je prends du plaisir à en regarder, à commenter, je suis toujours amoureux de ce sport. Le football et ce qu’il s’y passe à côté sont aussi parfois difficiles. C'est une joie d’avoir commencé la suite, concentré sur d'autres projets, d’être devenu papa.
J’essaie toujours de voir le verre à moitié plein et quand j’ai décidé d’arrêter c’était un soulagement. Je suis né au Cameroun, je suis loin d’avoir grandi en imaginant vivre du football, au début, c’était seulement pour être avec mes amis ! Ce qui a aussi facilité le passage de flambeau, ce sont mes différents projets. Je me suis donné les moyens de réussir dans le football, je dois me donner les moyens pour réussir en dehors. Le football, c’est un talent naturel, chez les « moldus », il faut aller travailler, charbonner, avoir des idées. »
Projets porteurs
« J’ai souvent pensé à l'après et c’est ce qui a aussi facilité cette bascule. Avec deux amis d’enfance, que je connais depuis 22 et 23 ans, rencontré à Grigny, grâce à ce sport d’ailleurs, on a toujours voulu entreprendre ensemble. On s’est lancé sur un projet de parc ludo-pédagogique.
Lors de mon séjour au Vietnam (NDLR : Paul-Georges a évolué à Hô Chi Minh-Ville en 2023/2024), j’ai pris goût au café ; le Vietnam étant le deuxième exportateur dans le monde. Je me suis dit qu’à mon retour ce pourrait être une idée et j’ai trouvé un local parfait dans le Marais, bien situé. Sur ces deux projets (CAUA Coffee et KIDÉO), les planètes se sont alignées, les idées, les lieux… J’annonce au Dîner des Légendes que j’arrête officiellement le football parce que ces deux projets se concrétisaient tout juste. Le café a ouvert il y a quatre mois et le parc ouvrira normalement en mars, à Fresnes, dans le 94. »
L1+
« Laurent Salvaudon m’a contacté en août. C’est d’ailleurs un grand supporter du Stade Rennais. Nous nous étions rencontrés lorsque j'étais au club, il m’avait convié sur le Canal Football Club et J+1. Je disais qu’au cours de ma carrière, j’ai pu rencontrer des gens marquants, il en fait partie. Quand on a évolué le lancement, il m’a dit qu’un rôle à la télévision pourrait me convenir. Plus mes projets seront nombreux, plus je serai occupé, et mieux ce sera. Nous parlions de la crainte de l’après, beaucoup de joueurs souffrent d’anxiété, j’ai eu la chance que tout s’aligne. »

La télévision
« L’adrénaline du direct ! Je le vois comme une performance, tu es aussi dans l’acting, dans un jeu de rôle, il faut être intéressant, divertissant, capter l’attention. Comme quand tu as le ballon au pied en fait, tu essaies de faire des choses intéressantes pour le spectateur, le supporter. Au début, j’étais stressé car tu n’as pas le retour, j’ai été très bien accueilli par des gens bienveillants et passionnés sur cette chaîne, qui travaillent très dur. L1+ met en valeur le football français positivement. C’est un rôle spécial, comme j’ai joué et qu’il m’est arrivé d’être sous le feu des critiques par moments sans que les gens comprennent forcément ce que tu traverses, j’essaie d’avoir de la nuance. »